C’est tout le paradoxe qui infuse au cœur de la toute première édition de l’AI Pulse Survey de KPMG, conduite auprès de 2 110 dirigeants dans 20 pays entre février et mars 2026. 95 % des organisations affirment avoir une stratégie IA structurée mais seulement 8 % déclarent mesurer précisément leur retour sur investissement. L’écart est vertigineux voir même inquiétant.
La peur du train en marche
Comment en est-on arrivé à un tel écart ? Depuis l’explosion auprès du grand public de ChatGPT fin 2022, beaucoup d’entreprises ont avancé avec une seule boussole : ne pas rater le coche. On a recruté des Chief AI Officers, ouvert des budgets, lancé des POC. Les investissements moyens prévus sur les douze prochains mois ne vont pas ralentir et demeurent importants (spécifiquement en zone asie-pacifique) et 74 % des dirigeants maintiennent cette priorité même en cas de récession. A ce stade, on pourrait estimer que tout va bien dans le meilleur des mondes.
Sauf qu’on a oublié d’installer le tableau de bord pour piloter tout ça. On s’est acculturé, on a tenté d’y comprendre quelque chose mais après ça, what’s next? En effet, mesurer la vraie valeur d’une IA, ce n’est pas calculer le temps gagné sur la rédaction d’un email. La transformation est plus diffuse, lorsqu’elle se déploie dans les entreprises : amélioration de la qualité, réduction des erreurs, satisfaction client. Des transformations réelles, des gains tout aussi concrets mais qui demeurent, à ce stade, terriblement difficiles à loger dans une ligne comptable traditionnelle.

Ce que les 8 % ont compris
Les organisations qui tirent leur épingle du jeu ne sont pas des chanceux, ce sont celles qui se sont posées les bonnes questions et ont pleinement structuré l’intégration de l’IA et ne l’ont pas subi par mode. Elles se sont simplement posées la question du ROI avant de lancer le projet, pas après. Dès la genèse. Elles ont construit des référentiels, aligné leurs équipes sur des indicateurs partagés, et surtout, elles ont cessé de traiter l’IA comme une dépense technologique pour en faire un levier de transformation mesurable.
KPMG les appelle les « organisations orchestratrices ». Derrière ce nom ronflant, il faut comprendre que l’on parle des organisations qui passent d’une logique de cas d’usage isolés à une IA véritablement systémique et qui n’oublient pas que l’outil n’est rien sans une vision économique claire. Sans cette vision vitale pour toute structure, l’IA reste un centre de coût de prestige qui, dans le contexte actuel, n’a plus sa place. Entre une ligne de dépense séduisante, mais stérile et une dépense qui rapporte et impacte, le choix devient évident.
Seuls 27 % des dirigeants hexagonaux mobilisent l’IA pour l’aide à la décision stratégique, contre 41 % au niveau mondial.
L’heure des comptes
On ne l’apprendra à personne, les Français utilisent de plus en plus l’IA pour leurs recherches en ligne, mais les usages purement business restent en retrait dans notre pays : seuls 27 % des dirigeants hexagonaux mobilisent l’IA pour l’aide à la décision stratégique, contre 41 % au niveau mondial.

2026 marque un vrai tournant car elle signe la fin de la période d’euphorie. Celle-ci cède la place à une posture nouvelle : prouver. Les directions financières réclament désormais des résultats tangibles. Celles qui ne sauront pas répondre à cette exigence risquent de voir leurs budgets IA réévalués à court ou moyen terme. 52 % des entreprises évoquent déjà sans détour cette éventualité.
Il faut voir les choses en face, le marché entre dans son âge adulte. Moins de démonstrations spectaculaires, plus de tableaux de bord. A présent, l’écart entre ceux qui savent piloter et les autres va se creuser. A présent, choisis ton camp, camarade.