Community Notes&nbsp: l’arme anti-désinformation de X et Meta peine à convaincre

Une étude récente démontre que le système des Community Notes, adopté par X et récemment par Meta, reste largement inefficace.

Un pari risqué sur la modération participative

Face à la prolifération des contenus trompeurs, les plateformes ont cherché des solutions pour renforcer la vérification des faits. X (ex-Twitter) a mis en place les Community Notes, un système où les utilisateurs eux-mêmes ajoutent des contextualisations aux publications litigieuses. Meta a suivi en annonçant la fin de son programme de vérification par des tiers au profit du même dispositif.

Mais selon une étude du site espagnol Maldita, spécialisé dans le fact-checking, ce système repose toujours massivement sur les sources utilisées auparavant par les vérificateurs professionnels. Lorsque les Community Notes citent des organismes accrédités comme l’International Fact-Checking Network (IFCN) ou l’European Fact-Checking Standards Network (EFCSN), elles sont jugées plus fiables et obtiennent un meilleur taux d’adhésion.

Un manque de visibilité criant

Problème&nbsp: une grande majorité de ces notes ne sont tout simplement pas visibles. L’étude révèle que 85 % des Community Notes restent cachées aux utilisateurs de X. En moyenne, seuls 8,3 % des commentaires soumis sont affichés, un taux qui grimpe à 15,2 % lorsqu’une organisation de vérification est mentionnée.

Pourquoi une telle opacité&nbsp? Pour qu’une Community Note soit publiée, elle doit obtenir l’accord d’utilisateurs aux opinions politiques divergentes. Cette exigence, censée garantir un consensus, agit en réalité comme un frein à la mise en avant de corrections factuelles, notamment sur des sujets polarisants.

Une régression dans la lutte contre la désinformation

Ce filtre excessif s’ajoute à une autre régression&nbsp: la fin des partenariats directs entre les plateformes et les vérificateurs de faits. Ces collaborations permettaient pourtant d’endiguer efficacement la propagation des fake news. Lucas Graves, professeur de journalisme à l’Université du Wisconsin-Madison, estime que l’efficacité des Community Notes est sérieusement limitée sans l’implication des professionnels du fact-checking.

Alex Mahadevan, directeur de MediaWise, plaide également pour que ces vérificateurs soient pleinement intégrés aux stratégies de modération des réseaux sociaux. Selon lui, si les plateformes veulent réellement combattre la désinformation, elles doivent cesser de marginaliser les experts et collaborer plus étroitement avec eux.

Des ajustements nécessaires

Malgré ses limites, le système des Community Notes présente un potentiel certain. L’étude de Maldita indique que lorsqu’elles citent des sources reconnues, ces notes sont publiées en moyenne 90 minutes plus tôt que les autres. Une preuve que l’adossement à des vérificateurs professionnels renforce leur crédibilité.

Pour améliorer leur impact, plusieurs pistes s’imposent&nbsp: revoir le critère du consensus politique, donner plus de poids aux contributions émanant d’experts et accorder une meilleure visibilité aux notes factuelles avant que la désinformation ne devienne virale.

Alors que d’autres plateformes envisagent d’adopter des mécanismes similaires, il est crucial de trouver un équilibre entre participation citoyenne et expertise journalistique. En misant uniquement sur le crowdsourcing sans soutien des professionnels, Meta et X risquent d’affaiblir la crédibilité de leurs initiatives et de laisser prospérer la désinformation qu’ils prétendent combattre.

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