eBay vient de rejeter officiellement une proposition de rachat non sollicitée formulée par GameStop. Dans un communiqué publié le 12 mai 2026, la plateforme américaine explique que son conseil d’administration a étudié l’offre avec l’appui de ses conseillers financiers et juridiques avant de décider de ne pas y donner suite. La réponse ne laisse pas beaucoup de place au doute, puisque l’offre est jugée à la fois non contraignante, non sollicitée et insuffisamment convaincante.
La lettre adressée à Ryan Cohen, directeur général de GameStop, est signée par Paul S. Pressler, président du conseil d’administration d’eBay. Le ton y est direct. Le groupe estime que la proposition n’est « ni crédible ni attractive », après examen de plusieurs éléments jugés essentiels. Derrière cette formule assez sèche, eBay pointe surtout les incertitudes autour du financement de l’opération et les risques liés à une éventuelle fusion avec GameStop.
Le conseil d’administration évoque notamment les perspectives d’eBay en tant qu’entreprise indépendante, l’impact potentiel d’un rapprochement sur sa croissance à long terme, sa rentabilité, son niveau d’endettement, sa structure opérationnelle et sa gouvernance. Il mentionne aussi les incitations liées à la gouvernance et aux dirigeants de GameStop, un point rarement anodin dans ce type de dossier. Autrement dit, eBay considère que l’opération apporterait davantage d’incertitudes que de valeur pour ses actionnaires.
Ce refus intervient dans un contexte où GameStop cherche toujours à redéfinir son modèle. Après avoir longtemps reposé sur la vente physique de jeux vidéo et de produits dérivés, l’enseigne a tenté plusieurs virages ces dernières années, avec des résultats contrastés. Une tentative d’acquisition d’eBay aurait pu lui offrir une place plus forte dans le commerce en ligne, notamment sur les produits d’occasion, les objets de collection, les cartes à collectionner, les jeux vidéo et les biens culturels. Sur le papier, la complémentarité pouvait exister, mais eBay ne semble pas avoir été convaincu par la solidité industrielle et financière du projet.
De son côté, eBay insiste sur sa capacité à poursuivre sa route sans partenaire imposé. Le groupe rappelle avoir renforcé son orientation stratégique, amélioré son exécution, travaillé sur l’expérience des vendeurs et continué à retourner du capital à ses actionnaires. En 2025, la plateforme indique avoir généré près de 80 milliards de dollars de volume brut de marchandises, un indicateur qui mesure la valeur totale des transactions réalisées sur son écosystème. Ce chiffre permet aussi à eBay de rappeler qu’il reste un acteur massif du commerce en ligne, même dans un marché dominé par des géants comme Amazon.
La réponse d’eBay peut aussi être lue comme un message adressé aux marchés. En refusant publiquement l’offre, le groupe réaffirme sa confiance dans son équipe dirigeante actuelle et dans sa stratégie. Il cherche également à éviter qu’une proposition non sollicitée ne crée une incertitude prolongée autour de son avenir. Dans ce genre de situation, la communication est aussi importante que la décision elle-même, car elle permet de rassurer les investisseurs, les salariés, les vendeurs et les acheteurs.
Pour GameStop, ce rejet constitue en revanche un revers stratégique. L’entreprise dirigée par Ryan Cohen reste très surveillée depuis l’épisode des meme stocks, qui avait transformé son action en phénomène boursier mondial. Depuis, chaque mouvement du groupe est observé avec attention, entre volonté de transformation, gestion de trésorerie et recherche de nouveaux relais de croissance. Une acquisition d’eBay aurait représenté un changement d’échelle considérable, mais encore fallait-il convaincre une entreprise beaucoup plus installée et structurellement différente.
À ce stade, eBay ferme donc la porte sans annoncer de discussion prolongée. Le communiqué ne détaille pas le montant éventuel de l’offre de GameStop, ni les conditions précises qui auraient été proposées. Cette absence de chiffres limite l’analyse financière de l’opération, mais le message envoyé par le conseil d’administration reste limpide. Pour eBay, l’avenir se jouera sans GameStop, du moins tant que la proposition ne changera pas radicalement de nature.
