C’est (presque) devenu une habitude dont on aimerait bien parvenir à se débarrasser. Apple annonce une nouveauté majeure, l’Europe reçoit un bon de réservation mais sans date. Cette fois, c’est Siri AI, l’assistant entièrement refondu qui est capable de fouiller vos mails, vos photos, votre agenda, qui reste coincé bloqué dans les stands, prêt à débarquer chez nous. Mais problème : pas de calendrier, pas d’horizon pour son déploiement, juste un bras de fer de plus entre Cupertino et Bruxelles, avec des millions d’utilisateurs privés.
Le DMA comme bouclier ou comme prétexte ?
Apple ne tourne pas autour du pot dans cette situation. Le Digital Markets Act, tel qu’il est interprété par la Commission, forcerait l’entreprise à ouvrir l’accès aux données personnelles des utilisateurs à n’importe quel assistant concurrent. Beaucoup trop de risques vu depuis Cupertino. La firme tente d’arrondir les angles et avance même des solutions. Elle a formulé une contre-proposition technique nommée le Trusted System Agent qui prévoit un déploiement progressif sur dix-huit mois. Au jeu du chat et de la souris, la Commission a refusé en bloc cette contre-proposition. Craig Federighi, vice-président principal de l’ingénierie logicielle chez Apple, s’est dit « profondément déçu ». Greg Joswiak, vice-président principal du marketing mondial chez Apple, a rappelé qu’Apple avait briefé les régulateurs dès le début de l’année 2026. Mais cette précision n’a visiblement rien changé au schmilblick.
Les utilisateurs européens ne sont pas prêts de pouvoir utiliser Siri AI.
Ce contexte n’a rien de nouveau et rappelle plusieurs épisodes passés. Apple s’est, par le passé, longtemps battue contre les obligations du DMA avant de s’y soumettre à contrecœur. Et en avril 2025, une amende de 500 millions d’euros est tombée pour ses pratiques sur l’App Store. Le recours a été bloqué par les tribunaux. Dans ce climat pas spécialement friendly, il est à l’heure actuelle difficile d’imaginer un rapprochement rapide entre les deux entités.
Rien dans le DMA n’interdit à Apple de lancer Siri AI en Europe. Le choix appartient exclusivement à la firme, et à elle seule.
Bruxelles : « C’est leur décision, pas la nôtre »
La Commission n’a pas mis longtemps à répondre aux mises à l’index. Thomas Regnier, porte-parole de l’exécutif européen, l’a précisé sans détour : rien dans le DMA n’interdit à Apple de lancer Siri AI en Europe. Le choix appartient exclusivement à la firme, et à elle seule. Ce que le règlement européen exige, c’est l’interopérabilité. Concrètement, que n’importe quelle plateforme dominante opérant sur le territoire européen laisse une vraie place à la concurrence. Du point de vue de Bruxelles, Apple serait tout simplement incapable de produire des solutions conformes aux standards européens de protection des données. Un constat sévère.
Une fracture qui s’installe dans le quotidien
Qu’on se rassure pour partie, Siri AI ne sera pas totalement absente : elle arrivera sur Mac avec macOS 27, sur Apple Watch et sur Vision Pro. Mais sur iPhone et iPad (qui demeurent les appareils que tout le monde a en poche), le silence demeure comme vous l’avez bien compris. De l’autre côté de l’Atlantique, les utilisateurs américains, eux, auront dès cet automne un assistant capable de gérer leur agenda et leurs applications en langage naturel. Les Européens attendront.
Ce feuilleton, digne d’une telenovela à rallonges, dépasse la simple querelle Apple-Bruxelles puisque Google subit les mêmes pressions sur Android. La concurrence s’accélère avec Gemini, ChatGPT ou encore Copilot qui avancent vite en ce moment. Et pendant ce temps, chaque blocage réglementaire creuse un peu plus la fracture numérique entre l’Europe et le reste du monde. Le DMA était censé ouvrir les marchés. On peut se demander, légitimement, s’il ne finit pas par en refermer certains.