GameStop veut racheter eBay, Ryan Cohen tente un pari presque disproportionné

GameStop continue sa mutation au-delà du jeu vidéo, mais la nouvelle étape envisagée par Ryan Cohen ressemble à un pari à très haut risque. Le groupe américain, toujours associé à la folie des meme stocks de 2021, a proposé de racheter eBay pour environ 55,5 milliards de dollars. L’offre, non contraignante à ce stade, valorise l’entreprise à 125 dollars par action et repose sur une structure mêlant 50 % en numéraire, c’est-à-dire en cash, et 50 % en actions GameStop.

Le chiffre à retenir : L’offre de rachat représente environ 5 fois la réserve de cash actuelle de GameStop.

Le déséquilibre entre les deux entreprises est au cœur du problème. GameStop tente de mettre la main sur une société dont la valeur dépasse largement sa propre capitalisation boursière, fluctuante par nature depuis l’épisode spéculatif qui a fait exploser son cours en 2021. Sur le papier, l’opération donne donc presque l’impression d’un David contre Goliath, avec un distributeur spécialisé en pleine reconversion qui voudrait absorber l’un des noms historiques du commerce en ligne.

L’idée défendue par Ryan Cohen est pourtant assez lisible. En rapprochant GameStop et eBay, le dirigeant veut créer un acteur capable de mieux rivaliser avec Amazon, en combinant une grande place de marché numérique avec un réseau de points de vente physiques. Les magasins américains de GameStop pourraient ainsi servir de relais pour l’authentification, le dépôt, l’expédition, le retrait de commandes ou encore certaines opérations de commerce en direct.

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Cette approche marque aussi un retour vers un commerce plus concret. Après une incursion peu convaincante dans les NFT et le Web3, GameStop semble vouloir enterrer ses ambitions liées au métavers pour revenir vers des produits tangibles, de l’occasion, des objets de collection, du reconditionné et des services logistiques. Dans ce scénario, le jeu vidéo ne serait plus forcément le cœur du modèle, mais une porte d’entrée vers une économie plus large autour des biens physiques et des communautés de collectionneurs.

eBay et GameStop, une offre dépendante d’une action très volatile

Le discours officiel insiste également sur les économies potentielles. GameStop estime pouvoir réduire les coûts d’eBay d’environ 2 milliards de dollars par an dans les douze mois suivant une éventuelle finalisation de l’opération. Les coupes viseraient notamment le marketing, le développement produit et les frais généraux. Ryan Cohen présente cette discipline financière comme un levier pour relancer la rentabilité d’un acteur historique du e-commerce, dont la marque reste forte, mais dont la croissance ne bénéficie plus du même prestige qu’à ses débuts.

Le montage financier reste toutefois la principale faiblesse du dossier. La moitié de l’offre serait payée en actions GameStop, ce qui signifie que sa valeur dépendrait directement de la santé du titre en Bourse. Or l’action GameStop reste très volatile et conserve une part importante de sa réputation spéculative. Pour les actionnaires d’eBay, accepter une telle part en actions reviendrait donc à s’exposer à un actif instable, loin de la sécurité d’une offre entièrement en numéraire.

C’est précisément ce point qui a mis Ryan Cohen en difficulté lors de son passage sur CNBC. Interrogé sur la façon dont GameStop pourrait financer une opération aussi massive, le patron du groupe a répété que l’offre reposait sur un mélange de cash et d’actions, tout en renvoyant plusieurs fois vers les documents publiés par l’entreprise. Mais il n’a pas vraiment clarifié l’écart entre les ressources actuellement identifiées et le montant global de l’opération.

Cette séquence médiatique a donné une impression de flou au pire moment possible. Les journalistes de CNBC ont insisté sur les moyens concrets de GameStop, qui dispose d’environ 9,4 milliards de dollars de liquidités et d’investissements, ainsi que sur l’existence d’une lettre de confiance de TD Securities pouvant aller jusqu’à 20 milliards de dollars de financement. Même en additionnant ces éléments, l’équation reste délicate à défendre publiquement pour une acquisition estimée à plus de 55 milliards de dollars.

redacteur vignetteEric de Brocart
Fondateur – Directeur de publication
Magicien professionnel, quand je ne suis pas derrière mon PC, photographe amateur, quand j’ai le temps et surtout un grand passionné de réalité virtuelle.
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