Le Royaume-Uni va couper l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans dès 2027

Ce qui se dessine au Royaume-Uni n’est pas qu’un simple encadrement progressif ni un énième plan de sensibilisation aux effets mineurs. Le gouvernement britannique a changé de braquet et choisi cette fois-ci la rupture nette. Toutes les plateformes dites “utilisateur à utilisateur” (dans le monde britannique cela signifie qu’il s’agit d’un service numérique qui permet à des utilisateurs de publier, partager ou diffuser du contenu que d’autres utilisateurs peuvent voir, consulter et au travers desquels ils peuvent interagir entre eux) seront débranchées pour les moins de 16 ans en 2027. Avant sa mise en application effective, le texte doit être présenté devant le Parlement britannique avant les vacances de Noël 2026. Pour l’heure, car n’entrant pas directement dans la définition “user-to-user service”, WhatsApp et Signal ne sont pas concernés. C’est une interprétation juridique qui dans les faits risque de brouiller cette mise à l’écart car tout le monde ne fait pas toujours la distinction entre application de messagerie et pure réseau social.

Plus loin qu’un simple verrouillage d’accès

La décision ne se limite pas à ce retrait pour les plus jeunes, l’ambition va un cran plus loin. En toute sobriété, nos amis anglais à l’origine de ce choix nomment leur création “Australia-plus” car ils ont fait le choix de s’attaquer également à un autre fléau, les mécaniques addictives. Sont concernés, les chatbots à vocation romantique tout comme la mise en contact avec des inconnus depuis les plateformes de jeu en ligne.

Le gouvernement britannique réfléchit à la mise en place d’un couvre-feu numérique nocturne ainsi qu’une interruption forcée du scroll infini

Visiblement, étant donné que le gouvernement est pleinement impliqué dans le sujet, les réflexions fusent et vont jusqu’à un examen quant à la mise en place d’un couvre-feu numérique nocturne ainsi qu’une interruption forcée du scroll infini. Ces options, une fois encore, étant limitées pour les moins de 18 ans. Si tout cela venait à être réellement mis en place, on irait vers une véritable redistribution du rapport des plus jeunes aux outils numériques, du jamais vu ailleurs dans le monde..

La vérification d’âge&nbsp: le vrai défi

De partout à travers la planète, c’est la question de la vérification de l’âge qui met à mal bien des idées. Outre Manche, c’est l’Ofcom qui a été mandaté pour travailler rapidement sur cette question épineuse, à savoir les méthodes de vérification d’âge envisageables. Des pistes existent telles que le scan facial, l’envoi de la carte d’identité, l’usage de données bancaires. Ces outils sont déjà opérationnels dans le cadre de l’Online Safety Act afin de restreindre l’accès aux contenus pornographiques bien que le succès de sa mise en place demeure très mitigé.

6 mois après la loi australienne, 70 % des parents déclarent que leurs enfants sont toujours présents sur les plateformes sociales

Avant de voir ce qu’il se passera au Royaume-Uni, il est intéressant de regarder un premier bilan en Australie, six mois après l’entrée en vigueur de la loi sur le sujet. Là encore, tout n’est pas aussi simple, 70 % des parents déclarent que leurs enfants sont toujours présents sur les plateformes sociales concernées par la réforme. Les adolescents ont fait preuve d’ingéniosité (qui en aurait douté) pour passer entre les mailles du filet. Certains sont parvenus à contourner les systèmes de reconnaissance faciale avec simplement une fausse moustache dessinée au marqueur… La leçon semble avoir été apprise au Royaume-Uni  qui affirme vouloir rendre ces contournements “bien plus difficiles” en se gardant bien de préciser comment ils y parviendraient.

Chez les plateformes, Meta, YouTube et Snapchat agitent le chiffon rouge et annoncent qu’avec la mise en place de telles règles, il y aurait une migration massive des jeunes vers des espaces moins régulés que les leur. Un argument assez osé de la part de plateformes qui sont elles-mêmes à l’origine de la situation. N’oublions pas qui a inventé le scroll infini et les flux algorithmiques optimisés pour maximiser le temps d’écran chez les 13 ans&nbsp?

Une vague mondiale, une question irrésolue

Le Royaume-Uni n’est pas seul dans la bataille. La France espère une application dès septembre 2026 pour les moins de 15 ans, sous réserve du feu vert de Bruxelles. L’Espagne travaille à une législation similaire et l’Allemagne, le Canada ou encore le Danemark ont emboîté le pas et gageons que ce ne seront pas les derniers.

Avant l’annonce officielle britannique, la consultation publique qui avait précédé à cela avait recueilli plus de 116 000 réponses (dont 90 % des parents favorables à la limite de 16 ans). C’est en se basant sur cette forte légitimité que le Premier Ministre Starmer peut avancer sur le sujet avec autant de force et d’ambition. Ce qui se passe au Royaume-Uni est un signal sans équivoque envoyé à l’Europe, qui cherche encore son modèle de régulation, Les gouvernements ont perdu patience avec les promesses d’autorégulation des géants du numérique qui n’arrivent jamais et décident sans attendre d’agir par eux-mêmes.

Reste une question centrale que personne ne tranche, une interdiction légale change-t-elle réellement les usages, ou déplace-t-elle simplement le problème vers des espaces sans modération&nbsp? L’éducation aux outils numériques n’est-elle pas aussi une pierre essentielle dans ce débat&nbsp? Les réponses prendront sans doute des années à venir. Mais les choses bougent et c’est un premier pas positif dans un contexte de statu quo qui n’était plus tenable. Maintenant que le mouvement est en marche, la balle est dans le camp des plateformes qui vont devoir, enfin, répondre de leurs choix de design devant des législateurs remontés et motivés.

SOURCE