La firme a été sanctionné pour avoir laissé proliférer des produits dangereux, qu’il s’agisse de jouets pour bébés, de chargeurs défectueux, de cosmétiques non conformes, j’en passe et des meilleures. Tous ces produits dangereux étant directement accessibles sur sa plateforme. Un précédent qui va faire réfléchir bien au-delà des tours de verre de Pékin.
Le DSA sort enfin les crocs
Deux ans. C’est le temps qu’il aura fallu au Digital Services Act pour embrayer et passer d’un texte ambitieux à un instrument de sanction réel à impact. Temu, avec ses 130 millions d’utilisateurs actifs dans l’Union européenne, était dans le viseur de la Commission depuis l’ouverture d’une enquête formelle en octobre 2024. La conclusion est sans appel : la plateforme n’a pas identifié, analysé ni évalué les risques systémiques liés à la diffusion de produits non conformes. Obligation pourtant explicite pour toute plateforme dépassant les 45 millions d’utilisateurs actifs. Là on est dans une toute autre dimension que s’être simplement fait prendre le doigt dans le pot de confiture.
La vice-présidente de la Commission chargée du Numérique, Henna Virkkunen, a résumé le problème sans fard : quand une marketplace de cette taille vend des produits interdits, ils finissent nécessairement entre les mains d’un grand nombre d’Européens. Difficile de le formuler plus clairement le problème qui se pose dès lors.
200 millions, c’est une somme, on en conviendra tous, mais est-ce si démesuré par rapport à ce que prévoit la législation ? Pas vraiment puisqu’avec cette somme, on est bien loin du plafond théorique du DSA actuellement fixé à 6 % du chiffre d’affaires annuel de la maison-mère PDD Holdings. Pour mémoire, celle-ci a enregistré 53 milliards d’euros de revenus l’an passé. En faisant un rapide calcul, l’amende aurait pu culminer jusqu’à 3.18 milliards d’euros (!). La Commission n’a pas fait de soldes avant l’heure mais a tenu compte de la durée relativement courte de l’infraction pour calibrer la peine.
Temu a jusqu’au 28 août 2026 pour remettre un plan d’action à Bruxelles
Des fonctionnaires européens en mode acheteurs anonymes
Pour étayer ses conclusions, Bruxelles ne s’est pas contentée de rapports. Des agents de la Commission ont fait une sorte d’infiltration et se sont tout simplement fait passer pour de simples consommateurs en ligne. Ils ont passé commande, reçu les colis, testé les produits. Le verdict ne s’est pas fait attendre : un pourcentage élevé des chargeurs commandés a échoué aux tests de sécurité électrique les plus basiques. Quant aux jouets pour bébés, une proportion significative présentait des risques de gravité moyenne à élevée. On parle ici de risques de suffocation ou encore de présence de substances chimiques nocives au-delà des seuils légaux.
Ces constats ont été confirmés par des enquêtes d’autorités nationales et d’associations de consommateurs. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que Temu et Shein se retrouvent dans la ligne de mire des régulateurs européens. Les deux géants avaient déjà été sommés de prouver leur mise en conformité, et les commerçants français n’avaient pas manqué de tirer la sonnette d’alarme sur le danger que représentent ces plateformes pour les consommateurs et pour leurs propres boutiques.
AliExpress et Shein regardent la scène, un tantinet fébriles
La machine à amendes est encore en rodage du côté de la Commission puisqu’il s’agit seulement de la deuxième amende prononcée au titre du DSA depuis l’adoption de ce texte en 2022. Elle fait suite aux 120 millions d’euros infligés à X, le réseau social d’Elon Musk, fin 2025. Il demeure que le signal envoyé, via cette décision, aux autres plateformes chinoises est limpide. AliExpress et Shein, elles aussi sous enquête de la Commission, savent désormais ce qui les attend si elles ne se conforment pas.
Temu a jusqu’au 28 août 2026 pour remettre un plan d’action à Bruxelles, détaillant comment elle compte combler ses lacunes. Le Comité européen des services numériques aura ensuite un mois pour rendre son avis, avant une décision finale de la Commission. En cas de non-respect, des astreintes supplémentaires pourraient s’accumuler.
Autrement dit, les 200 millions d’euros ne sont peut-être qu’un début. Chez Temu, un travail de fond ne fait probablement que commencer pour assurer son avenir européen.