Sorti sur PlayStation 5, Saros n’a pas seulement hérité de l’ADN nerveux de Housemarque. Le nouveau jeu du studio derrière Returnal cache aussi quelques références pour les joueurs les plus attentifs. Parmi elles, une distinction virtuelle attire particulièrement l’attention, car elle semble directement rendre hommage à Clair Obscur Expedition 33, le RPG français de Sandfall Interactive. Modestement dissimulé derrière un objectif secondaire, ce clin d’œil illustre l’aura internationale acquise par le studio montpelliérain.
L’intitulé en question, Carcosan Cartographer, demande aux joueurs de survivre à 33 expéditions en utilisant les modificateurs carcosans de Saros. Si le chiffre 33 associé au terme « expédition » laisse peu de place au doute, la subtilité réside dans l’intégration. Ce n’est ni un skin, ni un dialogue, mais un hommage purement systémique réservé aux observateurs. La référence fonctionne parce qu’elle reste discrète, presque cachée dans la mécanique même du jeu.
Dans Saros, les modificateurs carcosans servent à ajuster certaines conditions de partie. Ils peuvent faciliter ou compliquer une expédition selon les choix du joueur. Le terme carcosan évoque aussi Carcosa, cité mystérieuse associée au Roi en Jaune de Robert W. Chambers, un imaginaire étrange et symboliste qui résonne avec certaines ambiances surréalistes de Clair Obscur Expedition 33. Le clin d’œil ne repose donc pas seulement sur un chiffre, mais aussi sur une forme de parenté esthétique, plus diffuse et plus littéraire.
Ce n’est pas la seule référence cachée dans la liste des succès de Saros. Le haut fait Bullet Paradise demande par exemple d’éliminer 1 995 ennemis, un chiffre qui renvoie à l’année de fondation de Housemarque. Un autre, baptisé Break the Cycle, demande d’absorber 2 021 projectiles avec le bouclier, en référence à Returnal, sorti en 2021, et à son célèbre concept de cycle. La différence, c’est que l’hommage à Clair Obscur Expedition 33 semble viser un jeu extérieur au catalogue du studio.
Ce détail peut sembler anecdotique, mais il confirme surtout la place prise par Clair Obscur Expedition 33 dans l’industrie. Le jeu de Sandfall Interactive n’est plus seulement perçu comme une belle réussite française. Il est devenu une référence suffisamment marquante pour être cité, même indirectement, par d’autres créateurs européens. Voir un studio comme Housemarque glisser une telle allusion dans un jeu PlayStation montre que le titre a dépassé le simple cercle des amateurs de RPG.
Le rapprochement est aussi amusant parce que les deux jeux n’ont, en apparence, pas grand-chose en commun. Clair Obscur Expedition 33 s’inscrit dans le RPG au tour par tour modernisé, avec une forte dimension narrative et artistique. Saros, de son côté, mise sur l’action, le tir à la troisième personne, le bullet hell et la structure en cycles héritée des productions précédentes de Housemarque. Cette distance entre les deux œuvres rend justement le clin d’œil plus parlant, car il repose moins sur une filiation évidente que sur une forme de reconnaissance.
Le succès de Clair Obscur Expedition 33 s’était déjà traduit par de fortes ventes, une visibilité médiatique importante et de nombreuses distinctions au fil de l’année 2025. Son influence semble désormais s’installer jusque dans les petits détails d’autres productions. Pour Sandfall Interactive, ce genre d’hommage discret vaut presque autant qu’une récompense officielle, car il montre qu’un jeu peut marquer durablement ses pairs.
Reste à savoir si d’autres références du même type seront découvertes dans Saros ou dans de futurs jeux. Les listes de trophées sont souvent scrutées par les chasseurs de platine, mais elles peuvent aussi devenir un terrain de jeu pour les développeurs, entre autoportraits, souvenirs internes et hommages à des œuvres marquantes. Dans le cas présent, 33 expéditions suffisent à rappeler qu’un RPG français a laissé une empreinte bien au-delà de son propre genre.
