Euro-Office : l’alternative open source à Microsoft Office

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Euro-Office : l’alternative open source à Microsoft Office

Euro-Office se présente comme la suite bureautique « souveraine » de l’Europe, en tant qu’alternative open source à Microsoft Office et Google portée par un consortium européen. Mais derrière la bannière européenne se cache un paradoxe : ce logiciel est un fork d’OnlyOffice, une solution aux racines russes, et son lancement a déclenché un conflit de licence qui a vraiment secoué le monde de l’open source.

Entre administrations publiques cherchant à réduire leur dépendance aux géants américains et aux entreprises soucieuses de garder la main sur leurs données, Euro-Office attire l’attention. Dans cet article, je vous propose de comprendre ce qu’est réellement Euro-Office, de retracer le conflit qui l’a vu naître, puis de voir comment l’installer en le greffant sur une plateforme comme Nextcloud ou Sync-in.

Pour répondre d’emblée à la question principale : Euro-Office est une suite bureautique en ligne open source (documents, tableurs, présentations), dérivée du Document Server d’OnlyOffice, qui ne fonctionne pas seule mais se greffe sur une plateforme hôte comme Nextcloud ou Sync-in pour fournir l’édition collaborative de documents directement dans le navigateur.

Euro-Office, une suite bureautique en ligne open source

Euro-Office est une suite bureautique en ligne : elle permet de créer et d’éditer des documents texte, des tableurs et des présentations directement depuis un navigateur web, avec de la co-édition en temps réel. Elle prend en charge les formats Microsoft (, , ) et les formats OpenDocument (, , ), ce qui en fait une alternative à Microsoft Office et à Microsoft 365 pour les organisations qui veulent rester maîtresses de leurs données.

Le projet a été dévoilé en mars 2026 par un consortium d’acteurs européens, parmi lesquels IONOS et Nextcloud, sur un constat simple : selon eux, il manquait une suite combinant compatibilité avec les formats Microsoft, expérience utilisateur familière et gouvernance européenne. Techniquement, Euro-Office n’est pas un développement parti de zéro : c’est un fork du Document Server d’OnlyOffice, dont le code a été repris (parce qu’OnlyOffice est vraiment bien !).

Côté licence, Euro-Office est distribué sous AGPLv3, comme l’était OnlyOffice. Le modèle est celui d’un logiciel libre : gratuit, auto-hébergeable, sans édition payante propre au projet. La stack technique est la suivante : le Document Server embarque notamment Node.js, PostgreSQL, RabbitMQ, Redis et nginx.

Qu’est-ce que l’AGPLv3 ? La GNU Affero General Public License v3 est une licence libre « copyleft » : quiconque distribue le logiciel (y compris via un service en ligne) doit en publier le code source, modifications comprises. C’est précisément l’interprétation de cette licence qui est au cœur du conflit Euro-Office / OnlyOffice.

Avec Euro-Office, il y a quelque chose de paradoxal : cette suite présentée comme « souveraine » et européenne repose sur le code d’OnlyOffice, édité par la société Ascensio System SIA (basée en Lettonie), aux origines russes assumées par l’éditeur lui-même (ce n’est pas un secret). C’est ce grand écart entre l’affichage européen et l’héritage russe qui a nourri une partie de la polémique.

Pour aller à la source, voici les ressources officielles du projet :

Aux origines d’Euro-Office : un conflit de licence open source

Difficile de parler d’Euro-Office sans raconter le conflit qui l’a accompagné, car il éclaire à la fois ses choix techniques et son positionnement.

Tout commence à la fin mars 2026 : le consortium dévoile Euro-Office comme une suite « souveraine », forkée d’OnlyOffice, dont la marque et le logo ont été retirés du code. Quelques jours plus tard, OnlyOffice accuse le projet de violer l’AGPLv3, au motif que sa licence imposait de conserver le logo et les attributions de la marque OnlyOffice (une clause ajoutée à son fichier de licence en 2021). Dans la foulée, OnlyOffice rompt son partenariat de huit ans avec Nextcloud, qui permettait jusque-là d’éditer des documents OnlyOffice directement dans Nextcloud.

Le débat se déplace alors sur le terrain juridique. Nextcloud publie une analyse défendant le fork, appuyée par Bradley M. Kuhn (du Software Freedom Conservancy, l’un des rédacteurs de l’AGPL) et par un juriste spécialisé. Surtout, la Free Software Foundation tranche publiquement : selon elle, l’obligation de conserver le logo ne relève pas des « attributions d’auteur » autorisées par la Section 7(b) de l’AGPLv3, mais constitue une restriction supplémentaire que tout licencié est en droit de retirer. Autrement dit, la FSF donne raison à Euro-Office sur l’aspect licensing pur.

OnlyOffice réplique par une lettre ouverte, qualifiant la position de la FSF d’« interprétation tardive » et rappelant que seul le texte de l’AGPLv3 de 2007 ferait foi. L’éditeur indique d’ailleurs avoir lui-même saisi la FSF, sans réponse directe. Puis, en mai 2026, OnlyOffice reformule ses conditions avec la version 9.4 de son Document Server : l’obligation d’afficher le logo cède la place à une simple attribution dans une page « À propos », et la question de la marque est renvoyée vers une politique dédiée. Euro-Office, de son côté, poursuit sa route et a publié sa première version en juin 2026.

Note : à ce stade, aucune décision de justice n’est intervenue dans ce litige.

Euro-Office se greffe sur une plateforme : Nextcloud, Sync-in et autres

C’est le point que l’on comprend mal au premier abord : Euro-Office ne s’installe pas comme une application autonome. Seul, ça ne sert à rien. En réalité, c’est une solution qui a besoin d’une plateforme hôte, en particulier un système de gestion de fichiers et de documents, pour le stockage et la gestion des utilisateurs. Euro-Office apporte le moteur d’édition de documents en ligne, la plateforme apporte tout le reste. Euro-Office n’est qu’une brique au sein d’une plateforme collaborative complète.

Le principe : un Document Server et un connecteur

Le schéma est toujours le même. D’un côté, vous déployez le Document Server Euro-Office (via Docker, bien souvent), sur sa propre machine ou son propre conteneur. De l’autre, votre plateforme hôte est dotée d’un connecteur qui pointe vers ce Document Server. Les deux composants doivent pouvoir se joindre mutuellement, et un secret JWT partagé sécurise les échanges.

Note : je ne détaille pas ici toute la mise en œuvre Docker du Document Server et de la plateforme. Cette partie est déjà couverte, étape par étape, dans notre tutoriel dédié à Sync-in (voir ci-dessous). L’objectif est plutôt de montrer la logique d’intégration commune à toutes les plateformes.

Avec Sync-in

Si vous voulez une plateforme légère et auto-hébergée pour accueillir Euro-Office, Sync-in est un excellent candidat : cette alternative française à Nextcloud sait justement brancher un Document Server (OnlyOffice, et donc Euro-Office) pour l’édition en ligne. Plutôt que de tout réexpliquer, je vous renvoie vers le guide complet : installer Sync-in avec Docker (alternative à Nextcloud). Vous y retrouverez la configuration du Document Server, du secret JWT et du reverse proxy.

L’interface d’Euro-Office est la même que celle d’OnlyOffice.

Avec Nextcloud

Euro-Office bénéficie d’une intégration clé en main avec Nextcloud, via une application dédiée (un fork de l’application OnlyOffice pour Nextcloud). Ce n’est pas surprenant puisque Nextcloud est partie prenante de ce projet.

À partir de Nextcloud 34, la mise en place s’effectue de cette façon :

  • Dans Nextcloud, rendez-vous dans Apps > Office & text, repérez Euro-Office integration puis cliquez sur Download and enable pour télécharger et activer l’application.
  • Allez ensuite dans Settings > Administration > Euro-Office.
  • Renseignez l’URL de votre Document Server Euro-Office, protocole et port compris (par exemple ).
  • Saisissez le secret JWT configuré côté Document Server. Il doit faire au moins 32 caractères. Comme d’habitude, vous pouvez en générer un avec .
  • Validez avec Save.

Le Document Server doit être joignable à la fois depuis le serveur Nextcloud et depuis les navigateurs des utilisateurs, et il doit pouvoir effectuer des requêtes vers Nextcloud (les callbacks qui enregistrent les modifications). Depuis la version 7.2, le JWT est activé par défaut : pensez à reporter le même secret des deux côtés.

Note : si vous partez d’une instance Nextcloud récente (Nextcloud Hub), Euro-Office peut être proposé nativement comme suite bureautique. La mise en place se résume alors à connecter votre Document Server.

L’application Euro-Office pour Nextcloud a d’ailleurs son propre dépôt sur GitHub et l’intégration est détaillée dans la documentation d’Euro-Office.

Et les autres plateformes

La documentation officielle évoque la connexion d’Euro-Office « à Nextcloud et à d’autres plateformes de GED ». Concrètement, parce qu’il dérive du Document Server d’OnlyOffice, Euro-Office peut s’interfacer avec les solutions qui savaient déjà dialoguer avec OnlyOffice, à condition de disposer du connecteur adéquat. Je ne suis pas spécialiste au niveau du développement de cette intégration, mais il y a probablement peu de changement à prévoir.

Nextcloud et Sync-in sont les deux cas les mieux documentés à ce jour. Pour le reste, je vous invite à vérifier la disponibilité d’un connecteur Euro-Office au cas par cas.

Sources et ressources

Pour celles et ceux qui veulent vérifier par eux-mêmes, voici les nombreux articles publiés à propos de cette affaire. Ces sources ont permis l’analyse de la situation et la réalisation de cet article (et de la vidéo YouTube).

Ressource Source
Annonce du lancement d’Euro-Office Nextcloud
L’accusation de violation de licence OnlyOffice
L’interview de Lev Bannov (PDG d’OnlyOffice) OnlyOffice
La position officielle de la FSF Free Software Foundation
L’analyse juridique du litige Nextcloud
La lettre ouverte à l’équipe Euro-Office OnlyOffice
La reformulation des conditions (Docs 9.4) OnlyOffice
La sortie d’Euro-Office 1.0 Nextcloud
« Les faits sur ONLYOFFICE » OnlyOffice
Fiche OnlyOffice Wikipédia
Organisation Euro-Office sur GitHub GitHub
Le commit retirant la clause du logo GitHub
Documentation officielle d’Euro-Office Euro-Office
Intégrer un Document Server avec Sync-in Sync-in
Image Docker du Document Server : GitHub Container Registry

Conclusion

Euro-Office est un projet à suivre : une suite bureautique open source, compatible avec les formats Microsoft, portée par des acteurs européens, et désormais disponible en version stable. Son intérêt est réel pour qui veut réduire sa dépendance à Microsoft 365 tout en gardant la maîtrise de ses données. Néanmoins, je trouve que ce projet est criticable vis-à-vis du coup porté à OnlyOffice : dans le fond, il y a un vrai problème d’éthique à mon sens.

Peut-on remplacer Microsoft 365 par Euro-Office ? Pour de nombreux usages bureautiques, oui : Euro-Office édite les documents texte, tableurs et présentations dans le navigateur, gère les formats Microsoft et OpenDocument et propose la co-édition en temps réel. Pour des besoins très avancés (macros complexes, fonctionnalités spécifiques d’Excel), une phase de test sur vos propres documents reste recommandée. En revanche, Euro-Office ne couvre que l’édition de documents : il ne remplace pas à lui seul l’ensemble de la suite Microsoft 365 (messagerie, Teams, SharePoint, gestion des identités), pour lesquels la plateforme hôte comme Nextcloud prendra le relais (dans la mesure du possible).

Pour aller plus loin, si vous souhaitez mettre les mains dans le cambouis, le plus simple est de commencer par déployer une plateforme hôte, puis d’y connecter le Document Server Euro-Office :

SOURCE