Cartes.gouv.fr : la France défie Google Maps et Street View
87 % des Français réclameraient des outils de cartographie publics et souverains. L’IGN leur répond. Depuis le 25 juin 2026, l’Institut national de l’information géographique et forestière a ouvert au grand public cartes.gouv.fr, son nouveau service de cartographie. Plus de 1 100 couches de données, une alternative française à Google Street View intégrée et la fin programmée de Géoportail : voici ce qu’il faut savoir.
Sommaire
Un point d’entrée unique pour remplacer Géoportail
Cartes.gouv.fr n’est pas un énième site de cartes. L’objectif de l’IGN est de rassembler en un seul endroit des services jusqu’ici dispersés sur plusieurs plateformes : geoportail.gouv.fr, geoservices.ign.fr, macarte.ign.fr ou encore espacecollaboratif.ign.fr. Ce nouveau site est donc destiné à reprendre l’essentiel de leurs données et fonctionnalités, tout en en ajoutant de nouvelles.
De toute façon, le calendrier est déjà fixé. Selon l’IGN, la plateforme a d’abord été lancée en décembre 2025 à destination des professionnels, avant cette ouverture au grand public. Elle revendique déjà quelque 200 000 visites par mois. Quant à Géoportail, il fermera ses portes très prochainement : dès septembre 2026.
Côté contenu, le catalogue dépasse les 1 100 couches cartographiques, alimentées par l’IGN mais aussi par ses partenaires comme l’INSEE, l’Office national des forêts (ONF) ou l’Office français de la biodiversité (OFB). Cela lui permet de proposer : photographies aériennes, cadastre, cartes historiques, urbanisme, agriculture, forêts, énergies renouvelables, démographie. La plateforme intègre également les données du programme , une cartographie laser 3D qui restitue le relief avec beaucoup de précision.
Ce nouveau service gratuit propose une boîte à outils : recherche d’adresse, calcul d’itinéraire ou de profil altimétrique, mesure de distances et de surfaces, affichage de coordonnées, annotation, impression et partage de cartes personnalisées. L’interface a par ailleurs été repensée pour le mobile et la tablette, avec un effort affiché sur l’accessibilité. C’est un point important pour ceux qui veulent utiliser cet outil directement sur le terrain avec une tablette, ce qui est probablement fréquent.

Panoramax, le Street View souverain à 110 millions de photos
C’est sans doute la fonctionnalité la plus attendue. Cartes.gouv.fr intègre Panoramax (les gars, vous auriez pu l’appeler Panoramix), un service de vues immersives en se positionnant au niveau de la rue, présenté comme une alternative à Google Street View. Cet outil est codéveloppé par l’IGN et OpenStreetMap France.
La base compte déjà près de 110 millions de photos, mais l’IGN reconnaît qu’elle reste en plein développement et ne couvre pas encore tout le territoire. À la différence de l’outil de Google, il y a une vraie logique collaborative avec Panoramax : n’importe qui peut contribuer en envoyant ses propres images prises depuis l’espace public. De quoi documenter des détails que les vues aériennes ne capturent pas : façades, signalisation, mobilier urbain ou état de la voirie.
Ci-dessous une photo prise par un piéton à l’intérieur du château de Caen. Un bel exemple de contribution par un utilisateur : ceci n’est pas présent sur Google Street View.

En quelques points clés, Panoramax, c’est :
- Gratuité totale pour la consultation (pas de publicité, ni de suivi publicitaire).
- Hébergement souverain en France, chez OVHcloud.
- Export en qualité d’origine des images, ce que Google et Apple ne proposent pas.
- Hébergement de données offert aux acteurs publics et professionnels jusqu’à 500 Go, d’après l’IGN.
Reste une limite, et l’IGN ne la masque pas. Dans le secteur dominé par Google Maps et Waze, son enquête montre que l’information la plus réclamée par les utilisateurs concerne justement les lieux et points d’intérêt (citée par 41 % des sondés). Dans l’immédiat, cartes.gouv.fr ne remplacera donc pas encore les outils américains de ce point de vue-là, notamment lorsqu’il sera question de trouver un commerce ou un service au quotidien.
87 % des Français favorables à une carte publique
D’après un sondage Ipsos BVA réalisé pour l’institut IGN, mené du 13 au 19 mai 2026 auprès de 1 000 personnes de 18 ans et plus, 87 % des Français jugent indispensable ou important que l’État développe et gère ses propres outils de cartographie. Un autre chiffre m’a semblé vraiment élevé : 81 % se disent prêts à modifier leurs habitudes pour adopter un outil souverain. Je demande à voir.
Dans tous les cas, la protection des données joue un rôle important dans le choix d’un outil : 56 % des sondés se disent dérangés par le fait que certaines applications enregistrent leurs déplacements et habitudes de navigation. “Les Français ont la conviction que l’État doit se saisir du sujet, et il existe une véritable sensibilité à l’enjeu de souveraineté d’un tel outil.”, analyse Ipsos BVA dans le document publié par l’IGN.

Cette logique d’alternative souveraine proposée par l’État n’est pas un acte isolé. Comme vous le savez, il y a notamment eu la généralisation de Visio, l’alternative française à Microsoft Teams et Google Meet, ou encore le choix de la DGSI de remplacer Palantir par ChapsVision. La cartographie rejoint ainsi la liste des briques numériques que l’État cherche à réinternaliser.
Vous voulez tester ce nouvel outil ? Rendez-vous sur cette page : cartes.gouv.fr
Allez-vous adopter cartes.gouv.fr au quotidien, ou Google Maps reste-t-il indétrônable pour vous ?