L’IA chinoise DeepSeek pourrait bientôt se retrouver au cœur de Copilot de Microsoft

Les faits sont têtus et l’on peut bien les mettre dans tous les sens possibles, un constat ne change pas&nbsp: faire tourner un agent IA qui enchaîne un nombre incalculable de tâches quotidiennes coûte une fortune. Charles Lamanna, vice-président de Microsoft en charge de Copilot, en a fait l’amer constat il y a peu de temps en reconnaissant que des utilisateurs sont capables de lancer plusieurs centaines de requêtes par semaine, ce qui requiert une puissance de calcul importante engendrant du même coup des frais importants. Conséquence directe de ces comportements gourmands, Microsoft vient de modifier ses conditions commerciales pour le service en abandonnant le principe du forfait fixe pour faire migrer l’usage de son service Cowork vers une tarification à l’usage, de quoi sans doute calmer les ardeurs de certains.

Le bon vieux nerf de la guerre

C’est à ce moment de l’histoire que le nom de DeepSeek sort du chapeau&nbsp! Le 24 avril dernier, l’entreprise chinoise sortait son modèle open source V4-pro dont les performances n’ont désormais plus rien à envier aux références américaines du genre avec une différence notable et non négligeable, un coût de calcul drastiquement réduit par rapport aux concurrents. Un fait qui ne passe pas inaperçu. Un sujet évoqué dans notre dossier sur la guerre des modèles d’IA qui prenait soin de mettre en perspective le nouveau paradigme du secteur à savoir le rapport réel entre ce qu’un modèle est en capacité de faire et ce qu’il coûte à faire tourner.

Microsoft Cowork va migrer du forfait fixe à une tarification à l’usage.

Avec ce pivot, Microsoft ne part pas totalement dans l’inconnu. Azure utilise déjà depuis plusieurs mois des versions optimisées de DeepSeek. Ici, on passe dans une autre dimension puisqu’il va s’agir de faire entrer une IA chinoise au coeur même d’un service massivement utilisé par des milliers d’entreprises occidentales. Quand on connaît les tensions entre les deux blocs, la situation n’a rien d’anodine. C’est une décision qui impacte directement la souveraineté numérique américaine.

Ménager la chèvre et le chou

Bien consciente des polémiques à venir, Microsoft est déjà à pied d’œuvre pour désamorcer la bombe. Le modèle qui serait utilisé demeurerait hébergé chez Azure avec ses propres règles de sécurité. Par ailleurs, côté client, ce modèle serait proposé en option mais jamais directement imposé aux utilisateurs. Une façon comme une autre pour éviter que Washington s’empresse d’y voir une porte grande ouverte vers la Chine et n’impose des restrictions sévères comme elle l’a récemment fait, dans un autre contexte, avec Anthropic.

Le coût de calcul de DeepSeek largement inférieur aux concurrents US.

Ce mouvement s’inscrit dans un cycle d’éloignement progressif entamé il y a quelques mois déjà entre Microsoft et OpenAI. Désormais, la logique qui domine est celle du multi-modèles ou la fin de l’exclusivité. DeepSeek est à coup sûr le premier nom d’une liste qui risque de s’allonger dans les années à venir mais il incarne une réalité tout à fait factuelle&nbsp: un secteur où le coût pèse enfin aussi lourd que la performance pure. D’ici là, Copilot continuera de faire ce qu’on lui demande bien qu’une partie de nos tâches aura peut-être, pour la première fois, fait un détour par Pékin.

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