OpenAI et Anthropic se livrent à une course contre la montre pour entrer en Bourse

Tout commence le 1er juin 2026 lorsqu’Anthropic dépose discrètement un formulaire S-1 confidentiel auprès de la Securities and Exchange Commission. Une semaine passe. Puis nous voici le 8 juin 2026 quand, à son tour, OpenAI annonce la même chose. Motif invoqué&nbsp: « On s’attend à ce que ça fuite, alors on préfère le dire nous-mêmes ». Une transparence qui pourrait passer pour un acte noble mais qui dans le contexte actuel paraît presque désinvolte puisqu’il ne s’agit pas d’une petite décision. Le virage que s’apprête à prendre ces sociétés engage sur des centaines de milliards de dollars.

Mais ce scénario n’a rien de nouveau, c’est une mécanique bien huilée, qui a toujours eu lieu dans le monde des affaires. Deux entreprises qui se regardent dans le blanc des yeux depuis leur naissance et attendent que l’une ou l’autre dégaine. La course à l’IPO (Initial Public Offering ou entrée en bourse en bon français), dans le secteur de l’IA, c’est autant une bataille de valorisation qu’un signal clignotant envoyé aux investisseurs du monde entier&nbsp: Coucou nous sommes là, nous ne sommes pas prêts de disparaître mais nous avons besoin de capitaux supplémentaires pour continuer à exister à cette échelle.

Des chiffres qui donnent le vertige

Les valorisations annoncées sont stratosphériques. OpenAI affiche 852 milliards de dollars, avec 900 millions d’utilisateurs hebdomadaires sur ChatGPT et des revenus mensuels estimés autour de 2 milliards. Anthropic, de son côté, vient de boucler une série H à 65 milliards, propulsant sa valorisation à 965 milliards. Anthropic dépasse donc désormais OpenAI en valeur théorique. Un croisement des courbes (et du rapport de force) inédit depuis la création du secteur.

Mais les deux labos n’ont pas du tout le même ADN quant à l’IA, son usage et son futur. OpenAI joue depuis le début (et à succès disons le) la carte du grand public, avec ChatGPT comme produit d’entrée universel. Anthropic, elle, a longtemps opté sur une stratégie plus ciblée axée sur les développeurs et l’usage entreprise, avec Claude comme outil de codage avancé et d’automatisation. Anthropic a également misé sur un système de charte et un code d’usage qui a su progressivement rassurer bon nombre d’utilisateurs et d’institutions qui se perdaient dans une forme de dérive affichée par d’autres acteurs. Une distinction qui comptera sans doute beaucoup au moment de parler aux mêmes investisseurs institutionnels.

Le perdant de ce sprint paiera cash son retard

Bien plus qu’une course de petits chevaux

L’urgence à entrer en bourse a une racine stratégique claire. Une fois cotée, une entreprise peut lever des capitaux importants quasi instantanément via des augmentations de capital. La Bourse devient alors une pompe à cash sans commune mesure avec le private equity, exactement ce que recherchent tous les acteurs majeurs du domaine. Dans la guerre de l’IA, où la puissance de calcul se négocie au prix fort, chaque milliard compte. C’est pourquoi le perdant de ce sprint paiera cash son retard.

N’oublions pas non plus un autre pan stratégique de la manœuvre&nbsp: la procédure de dépôt confidentiel permet en parallèle de tester le marché sans dévoiler toutes ses cartes. Si les conditions ne sont pas réunies, on peut renoncer ou reporter. Sam Altman lui-même a reconnu que l’IPO restait une décision complexe, laissant entendre que certains choix structurels seraient plus simples à prendre en restant privé.

Rentabilité ou vision&nbsp? Wall Street va trancher

Les marchés publics, c’est une toute autre aventure que les tours de table privés et les coups à prendre sont quasi aussi nombreux que les opportunités à saisir. Les investisseurs institutionnels par exemple vont exiger de la transparence. Un sujet qui risque de devenir crucial pour ces acteurs qui aiment à le mettre régulièrement de côté. A l’heure actuelle, les deux entreprises d’IA brûlent encore plus de cash qu’elles n’en génèrent. Récemment Anthropic a dû limiter l’accès à Claude à plusieurs reprises faute de puissance de calcul suffisante. Ce n’est pas la meilleure image à donner juste avant de faire son entrée en Bourse.

Du coup, les deux labos s’échinent à convaincre Wall Street que la taille de l’infrastructure compte davantage que les bénéfices immédiats. Une stratégie que d’autres ont déjà utilisée avec succès. Amazon, par exemple, l’a porté pendant des années. Reste à savoir si les marchés, en 2026, sont encore prêts à succomber à la même sérénade. Si SpaceX, OpenAI et Anthropic franchissent toutes trois le cap de l’IPO cette année, la capitalisation boursière cumulée pourrait dépasser les 4 000 milliards de dollars. Un chiffre stratosphérique qui redéfinirait, à lui seul, le poids du secteur technologique sur les marchés mondiaux

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